dimanche 28 août 2016

Les vidéos du dimanche !

14°27.965N 60°51.925W
Marina du Marin, Martinique

Allez, c'est dimanche et je vous propose, histoire de vous détendre, deux petites vidéos tournées ce matin aux aurores !

Enjoy !



jeudi 18 août 2016

Deux Zikas sinon rien

14°27.965N 60°51.925W
Marina du Marin, Martinique

Je sais... Je suis impardonnable de vous laisser ainsi sans nouvelle. D'autant plus impardonnable que j'ai plein de choses à vous dire ! C'est que, mine de rien, il s'en est passe des choses sur le ponton huit de la Marina du Marin...

J'me suis fait zikéfié la tronche !
Tout d'abord, j'ai choppé Zika. Et oui ! Après plus de cinq années à vadrouiller dans des pays pas très cleans, à être passé à côté de la turista, du paludisme, de la dengue et du chikungunya. Voilà que c'est un moustique bien français qui me transmet cette saloperie de Zika.
Bon, en deux mots le Zika ça commence comme une grosse grippe, courbature, fièvre, maux de tête. Cela se poursuit par une éruption de petits boutons rouges sur la poitrine, pendant deux-trois jours, avant que les douleurs articulaires ne s'installent. Perso, parce que chaque cas est différent semble-t-il, j'en ai chié grave pendant une semaine. Mais j'ai continué à prendre de l'ibuprofène et du paracétamol pendant quinze jours pour supporter les migraines. Maintenant, un mois après, j'ai encore quelques céphalées le soir, et j'ai l’impression d'avoir des bulles d'air dans les articulations des doigts de pieds... Mais bon, ce dernier symptôme est peut-être le fruit de mon imagination, allez savoir ! Car je dois bien l'avouer, j'ai beau être handicapé, je ne suis pratiquement jamais malade... Et comme je suis un mec, j'ai tendance à en faire des tonnes lorsque cela m'arrive !

Quel bordel !
Du côté de La Boiteuse, les choses suivent leur cours gentiment. Mercedes, dont le pronostic vital était engagé je vous le rappelle, s'en sort pas si mal que ça finalement. Après déculassage, et pas mal d'huile de coude (pas le mien de coude), le bilan est d'un piston décédé avec son jeu de segments. Les pièces sont en commande en Angleterre et devraient arriver à la fin du mois.
En ce qui concerne les haubans, j'ai finalement opté pour un remplacement complet du gréement. Il faut dire qu'en ce moment (saison cyclonique) les prix sont assez intéressants : Quatre bas-haubans, deux galhaubans, l'étai et le pataras : 1875 Euros.
Ce qui veut dire qu'en septembre, logiquement, La Boiteuse repartira avec un moteur remis en état, et un gréement flambant neuf !

Car oui, La Boiteuse va repartir ! Je commence à en avoir un peu marre de la Martinique, et l'envie d'aller voir ailleurs si j'y suis mieux me titille de nouveau. ABC, Colombie, Panama... et ensuite on verra.

Mais qu'est-ce que c'est que ce truc ?
Sinon, j'avais également une histoire à vous raconter. Une histoire qui va ravir j'en suis sûr, les plus choupinets de mes lecteurs.
Dimanche dernier, alors que j'émergeais gentiment de ma sieste j’entends qu'on frappe à la coque. C'est ma voisine Judith qui vient me demander si par hasard, vu que ça va faire six mois que je suis là et que je suis sensé connaître tout le monde (ce qui n'est absolument pas la cas !), je ne saurais pas à qui appartient cette espèce de loque toute mouillée qui gît dans un carton. La pauvrette était littéralement en train de se noyer dans le port, et n'a eu la vie sauve qu'à la bonté de ma voisine.
Mouais...
Bon, à première vue il s'agit d'une chienne plutôt jeune, une chiotte de race indéterminée qui ressemble à rien. On dirait un Pincher... En encore plus moche. Et elle est dans un sale état. Son ventre est gonflé de l'eau de mer qu'elle a avalé, elle a des pustule partout et peine à ouvrir les yeux ainsi qu'à respirer... Et franchement, à cette heure je ne lui donne que peu de temps à vivre. Nous sommes dimanche, demain c'est le quinze août, je me dis que je peux probablement la garder jusqu'au mardi avant de la conduire chez le vétérinaire. Si elle survit jusque là... Ensuite, on verra bien.

T'es mignonne, mais c'est moi la Patronne, ok ?
Et donc j'installe cette espèce d'estrasse sur un coussin dans le coin cuisine, et j'attends tranquillement qu'elle trépasse. Ou pas. Car franchement, c'est une vraie loque. En fait, pour vous dire la vérité je l'ai quand même veillé jusqu'à une heure du matin... Et puis au matin, vers cinq heures, j'ai eu la surprise de constater que cette merde était encore vivante ! Mieux, elle ressuscitait tout doucement. J'ai même eu droit à un mouvement de queue faiblard alors qu'elle s'enfilait des croquettes dans la gamelle de Touline.... Touline qui, contre toute attente, ne se formalisa même pas d'un tel toupet ! C'était bizarre d'ailleurs... Touline qui d'habitude ne supporte pas les intrusions, quelles qu'elles soient, sur son territoire, semblait considérer la chiotte pour ce qu'elle était ; Un bébé convalescent.
Puis pendant la journée nous sommes allé faire quelques pas sur le ponton, et aussitôt la chienne ne m'a pas lâché d'un millimètre. C'est bien simple, je me suis dit que j'allais l'appeler La Glu... Et puis je me suis repris car tant que je ne sais pas ce que je vais faire d'elle, il est hors de question de lui donner un nom !

La Glu ?
Le lendemain la bestiole était un peu plus vaillante. Nous avons même tenté une petite promenade sur les pontons aux aurores. Moi marchant devant, la chienne et Touline sur les talons... Mais dès que je m'arrêtais, la chienne se laissait tomber sur le sol là où elle était, et se mettait en boule en soupirant... Pour rigoler je lui ai dit : Toi aussi t'as attrapé Zika ou quoi ?

Ça va mieux on dirait ?
Dans la matinée je l'ai emmenée chez le vétérinaire avec en tête quelques questions importantes dont les réponses allaient conditionner ma décision de la garder ou pas. Premièrement, est-ce qu'elle est viable ? Je veux dire, est-ce qu'elle va retrouver la santé ou est-il mieux d'en finir tout de suite ?Ensuite, qu'est-ce que c'est comme race, quel âge elle a, et qu'elle taille elle va avoir ?
Parce qu'en terme de chien destiné à vivre sur un bateau j'ai un cahier des charges assez strict. Je ne veux pas d'un chien-jouet plus petit que ma chatte, et je ne veux pas non-plus d'un mastodonte qui bouffe cinq kilos par jour et chie des bouses de vache.
Au moment de m'inscrire pour la consultation, la secrétaire me demande : Comment elle s'appelle cette petite ? Euh... Zika ?

Cinquante euros plus tard, je ressortais du cabinet du véto avec une petite chienne prénommée Zika, membre officiel de l'équipage de la Boiteuse !

Zika !!!!!!
Alors... D'après la madame que j'ai vu, il s'agit d'une chiotte de deux mois et demi, de race Créole. Elle est pourrie de vers, et anémiée mais ça devrait se résoudre assez facilement. Et une fois vermifugée et convenablement nourrie, elle devrait atteindre un poids de 12 à 15 Kilos. Un chien de taille moyenne.
Alors qu'est-ce donc qu'un chien créole vous demandez-vous. En fait c'est ce genre de clebs errants qui pullulent dans les îles et ailleurs, et qui ressemblent à rien. Le genre de truc indestructible avec un patrimoine génétique digne d'une toile de Picasso sous acide. En clair, le chien Créole, appelé aussi par certains qui ont de l'humour, le Berger des Mangroves, est un gros bâtard. Ç’aurait été un mâle j'aurais pu l'appeler Jon Snow...

Donc voilà, comme je le dis dans la vidéo ci-dessous (et ouais, en plus vous avez droit à une vidéo !) je viens de me mettre « sur les bras » une responsabilité supplémentaire. Et croyez-moi, j'ai parfaitement conscience de ce que cela implique. Cela me démangeait depuis un moment d'avoir un chien à bord... Voilà qui est fait !



Le début d'une belle amitié ?
N'est-elle pas choupinette ?

jeudi 7 juillet 2016

Gardons le moral...

14°27.965N 60°51.925W
Marina du Marin, Martinique

Où est-il ? Que fait-il ? Est-ce qu'il va bien ? C'est quoi la prochaine étape ? Figurez-vous que toutes ces questions que j'imagine vous vous posez, je me les pose aussi. Sans utiliser la troisième personne du singulier, rassurez-vous. J'ai beau choper le melon de temps en temps, je ne porte pas ce couvre-chef en permanence. C'est cyclique en fait... Mais bon, en ce moment je suis plutôt tête nue.

Le temps se couvre... Je reste ou je sors ?
Où je suis ? Et bien je suis toujours accroché au ponton du Marin telle la moule sur son rocher. Deux fois déjà j'ai reporté mon départ. La première fois pour recevoir à mon bord une potentielle équipière, et la seconde fois pour des raisons de météo. De cette éventuelle équipière vous ne saurez rien je le crains. La seule chose que vous saurez c'est que cela n'a pas fonctionné... C'est tout. Ça arrive. C'est comme ça.
La seconde fois, j'ai demandé à rester une semaine supplémentaire afin de laisser passer une onde tropicale. Ce n'est ni une tempête, ni un cyclone, mais une onde tropicale n'est pas le genre de chose qui vous incite à prendre la mer. Vraiment pas. Genre rafales à 30 Nœuds et pluies diluviennes, en plein dans les fesses pour ceusse qui désirent comme moi naviguer vers l'Ouest. Bref, on est loin des navigations pépères sous les tropiques. Donc j'ai sursis de nouveau (ouais je sais ça fait bizarre, mais le passé composé du verbe surseoir à la première personne du singulier c'est, j'ai sursis).

Et puis est venu ce lundi matin sinistre où je me suis réveillé en me disant que je n'avais vraiment, mais vraiment, pas envie de partir. Pendant un bon moment j'ai discuté de mon cas avec une voisine de ponton, et il en est ressorti qu'il n'y avait aucune raison pour que je me force à quoi que ce soit. En règle générale j'aime bien ce genre d'argument... Ça me conforte dans mon attentisme. En plus j'adore ma vie de ponton !! C'est super-confortable, j'ai des voisins super-sympas et j'ai tout à porté de la main ! Mais bon, cette situation toute aussi confortable qu'elle soit ne peut durer trop longtemps. Du moins c'est ce que me dis une autre petite voix dans ma tête. Celle qui s'occupe du portefeuille. Bref, je n'étais pas encore décidé jusqu'à ce que les dernières heures de la matinée me forcent un peu la main.

Celui-la il est mort mon Papa, change le !
Coup sur coup, deux copains sont venus à bord pour ce qui ne devait être que des visites de routine. Le premier Jorge, devait voir ce qui clochait avec Mercedes qui refusait de démarrer, et le second, Émilien, devait vérifier mes haubans... Résultat des courses : A trois jours de mon départ vers la Colombie, Mercedes est à l'article de la mort et j'ai quatre bas-haubans à changer !

Pour les haubans, comment vous dire... La dernière fois que j'ai fait vérifier à fond mon haubanage ce devait être en 2013 lors de mon séjour en Argentine. A l'époque j'avais déjà un bas-hauban qui commençait à se dé-toronner, mais le reste semblait en bon état. Et il l'était puisque j'ai pu arriver jusqu'aux Antilles sans casse. Et ce malgré quelques branlées mémorables et le fait que mes haubans aient très probablement l'âge de mon mât ! Oui toi le voileux qui me lit, un haubanage de 35 ans en bon état c'est possible !
Mais bon, force m'est de constater que la limite se trouve là... Parce que franchement, si j'étais parti pour la Colombie comme prévu, mon mât serait probablement au fond de l'eau maintenant.

En ce qui concerne mon moteur, il me faut vous confesser ma négligence. En effet, normalement j'aurais du le démarrer et le faire tourner quelques minutes au moins une fois par semaine. Et je ne l'ai pas fait depuis plus de trois mois. Résultat, les pistons sont coincés, au moins un segment est foutu, le joint de culasse je ne vous en parle même pas... Bref, le pronostic vital de la pauvre Mercedes est cette fois-ci engagé.

J'essaye de garder le moral
Donc, la réponse à la question « que fait-il ? » : Je fais ce que je peux pour me sortir de ce mauvais pas.
Est-ce que je vais bien ? On va dire que oui. J'essaye tant bien que mal de voir le côté positif des choses, et le principal argument en ce sens est qu'il vaut mieux que tous ces problèmes me soient arrivés maintenant que plus tard. En mer par exemple. Et puis c'est peut-être aussi l'occasion de remédier à tout un tas de petits trucs qui me font chier depuis le départ... Sans compter qu'être obligé de rester bien planqué au Marin n'est pas forcément pour me déplaire finalement.

Sauf que ces nouvelles aventures vont me coûter bonbon... Déjà que j'ai dû racheter un ordinateur à 400 euros, je vais en avoir pour 1000 euros de haubans. Pour le moteur au minimum 500, et probablement quelques milliers de plus si je dois en changer... Bref, il y a peu je me posais des questions sur mon avenir et je décidais de ne pas y répondre dans l'immédiat, là maintenant je vais bien être obligé d'y réfléchir pour de bon.

Donc je pense que vous comprendrez qu'avec tout ça la prochaine étape est pour l'instant mise entre parenthèses. Je me sors de ce merdier, ensuite je regarde l'état de mes finances, et enfin j'essaye de prendre une décision. Ce qui va nous emmener vers... Je ne sais pas encore. Début août ? Fin août ? On verra bien... Cela n'a pas vraiment d'importance après tout... Ce n'est pas comme si je risquais de prendre un cyclone sur la tête en restant ici, hein ? Si ?

Finalement on reste ? Tant mieux !
 

mercredi 1 juin 2016

Péripéties pontonnières

14°27.965N 60°51.925W
Marina du Marin, Martinique


Pffff.... D'habitude, les mots n'ont aucun mal à venir se jeter sur le clavier. Mais là, allez savoir pourquoi, ils ont du mal. Pressé entre le désir de vous tenir au courant des derniers épisodes palpitants qui émaillent ma vie de pontonnier (oui, ça existe comme mot), et le désert intellectuel auquel ressemble actuellement mon cerveau, cela va faire quatre jours que je planche sur un texte qui n'avance pas.

Donc, ce matin j'ai tout effacé et je recommence. Épisodes palpitants disais-je. Mouais, en fait surtout un. Les abonnés de ma page Facebook le savent déjà, mais ma Touline a disparue pendant une semaine, me laissant morfondu. Bon ok, elle est coutumière du fait mais quand même... Sept jours bordel de merde ! Et vous savez où elle était c'te conne ? Enfermée dans un bateau !!!!

Elle était là-dedans...
Cette chatte est décidément increvable. Elle a survécu uniquement en buvant de l'eau de pluie qui s'infiltrait par un hublot abîmé ! Aujourd'hui encore je n'en reviens toujours pas. Rassurez-vous, elle va bien maintenant. Quoique amaigrie et toujours un peu faiblarde, elle reprend du poil de la bête en se bâfrant de croquettes et de câlins. Bon, je ne vais pas m'étendre sur les affres par lesquels je suis passé ces derniers jours... C'était l'enfer. Oscillant entre la résignation et le sentiment d'abandon, j'ai traversé une sale période. Des fois je me dis que j'ai fait une connerie le jour ou je l'ai arraché à sa condition de chatte des rues pour la propulser équipière principale à bords de La Boiteuse... Si c'est pour souffrir comme ça dès qu'elle s'absente un peu longtemps, qu'est-ce que ça va être le jour ou elle disparaîtra pour de bon ?
Tien maintenant que j'y pense, je me pose la même question en ce qui concerne ma situation amoureuse... Est-ce que ça vaut vraiment la peine que je m'investisse dans une nouvelle relation si c'est pour souffrir le martyre une fois qu'elle s'achève ? La vie est décidément bien compliquée...

Enfin réunis
Sinon, à part ça, je viens de me rendre compte que nous étions le 1er juin, ce qui veut dire que dans dix-huit jours il va me falloir quitter la sécurité de mon ponton et commencer à penser sérieusement à la prochaine étape. Putain, ces trois mois sont passés à une de ces vitesses ! C'est incroyable. Il va me falloir me sortir un peu les doigts du cul si vous voulez bien me passez l'expression. J'ai déjà pas mal d'items qui ont été rayés de ma liste, mais il en reste encore quelques-uns, et pas des moindres. Comme faire la vidange du moteur par exemple, ou acheter des petites bouteilles de gaz... Ensuite j'irais au mouillage (beurk !), et j'attendrai le retour de Françoise et Bernard de La Bella Flora (Je gardienne leur bateau pendant qu'ils sont en métropole). Après, un petit nettoyage de la coque, et zou ! Direction l'île de Curaçao !


t'as une sale tête ma pauvrette...
Mais j'aurais l'occasion d'y revenir, rassure-vous. Le rythme de mes publication va enfin s’accélérer !

Allez, j'abrège car j'ai du boulot. Il faut que j'aille me connecter à internet pour assurer une autre mission que j'ai entrepris depuis deux semaines : Assurer le routage d'un copain (Franck de Tailana) pour la transat retour. Chaque matin je reçois sa position, et je lui envoie en retour les prévisions météo et mes conseils quand à la stratégie à adopter. Et vous savez quoi ? J'adore ça !

Prête pour de nouvelles aventures en Colombie ?


dimanche 15 mai 2016

Pourquoi je n'irai pas au Venezuela

A la fin de mon dernier article, en bon auteur soucieux de maintenir son lecteur en haleine, je vous annonçais mon désir de me rendre au Venezuela pour la saison cyclonique. Bien sûr, les commentaires, ici et ailleurs, n'ont pas tardé... Tous aussi dissuasifs. Aussi j'imagine qu'à la vue de ce titre, la plupart d'entre vous vont pousser un ouf de soulagement.

Je m'en bat l’œil de tes soucis mon Papa...
Pour mettre les choses au clair, si je renonce à me rendre au Venezuela, ce n'est ni à cause des « pirates », ni de la violence qui règne dans ce pays. D'ailleurs vous aurez certainement noté les guillemets que je mets à « pirates ». Je ne crois pas qu'il y ait de piraterie au Venezuela. Certes, il y a des agressions de voileux au Venezuela (peut-être un poil plus qu'ailleurs mais cela n'est même pas sûr), mais il s'agit plus d'agressions occasionnelles perpétuées par des pêcheurs au bout du rouleau qu'un réel système organisé. Ce qui est sûr par contre c'est que chacune de ces agressions, sur terre comme sur mer, est montée en épingle aussi bien sur les réseaux sociaux que radio-ponton. Et que si l'on creuse un peu on s'aperçoit assez vite que les gens impliqués ont leur part de responsabilité... Sans parler que pour les raisons que j'évoque plus bas, la plupart des étrangers en ce moment au Venezuela sont un peu comme des cibles ambulantes car forcément blindés de thunes. Mais bon, je ne veux pas déclencher une polémique sur ce sujet, la suite de cette article suffira amplement !
Non, sérieusement, vous n'avez pas idée des fausses rumeurs et des descriptions délirantes qui pullulent aussi bien sur les pontons que sur le web. C'est hallucinant ! Et lorsque vous interrogez des témoins directs, ou des protagonistes, c'est à dire des gens qui vivent actuellement au Venezuela, dans leur bateau ou non, vous avez un tout autre son de cloche. Certes le Venezuela est un pays violent, mais pas plus que le Brésil, ou que la Guyane Française.

Bref, si je ne vais pas au Venezuela c'est une pour raison toute autre, qui a à voir avec mon satané sens de l'éthique. Vous savez, cette idée fixe chez moi qui consiste à croire qu'il y a des choses bien, et d'autres pas bien en ce monde. Que ces choses sont universelles, et que si je veux pouvoir me regarder dans la glace le matin, il me faut les respecter. J'appelle ça le sens de l'éthique, le sens moral ou de la déontologie, mais on pourrait également appeler ça le sens politique.

De quoi s'agit-il ? Et bien c'est encore une histoire de marché noir... Souvenez-vous, lors de mon passage en Argentine je me suis heurté à un système de trafic de devises qui, bien qu'il ait pignon sur rue n'en était pas moins aussi illégal qu'immoral. Et j'insiste sur le côté immoral. A l'époque, et après avoir longuement cogité sur ma place en ce monde et sur le rôle que j'estime devoir y jouer, j'avais refusé de me prêter à ce jeu quitte à ce que mon séjour à Buenos Aires me revienne plus cher. C'était en 2013, et depuis, pas un instant je n'ai eu à regretté ma décision.
Alors, lorsque j'ai appris qu'au Venezuela il régnait le même marché noir, mais en dix fois plus important, le même cas de conscience c'est présenté à moi. Avec une différence notable toutefois... En Argentine, la différence entre le taux de change officiel et l'illégal était plus ou moins de un pour deux. Genre, un dollar valait cinq pesos à la banque et dix au marché noir. Au Venezuela, on est dans un rapport de un à cent ! C'est à dire qu'aujourd'hui avec un dollar à la banque vous avez 9,94 Bolivares, et dans la rue vous en avez 1096 !
Concrètement, si je ne respecte pas mes règles, et accessoirement la loi vénézuélienne, je vais dépenser en six mois là-bas ce que je dépense en un mois en Martinique. Et si je décide de m'en tenir à mes principes, ce séjour me coûtera trois fois plus cher que si je restais ici.

Du coup mon côté cupide (car j'en ai un, comme tout le monde) s'est exprimé un peu plus longuement cette fois... Mais après plusieurs jours de cogitation, il a quand même finit par fermer sa gueule.

Pour moi, le constat est simple, et désolé si cela vexe certains de mes lecteurs : Certes, il est important pour moi de privilégier les pays où le coût de la vie est moindre afin de faire durer mon voyage le plus longtemps possible. J'en ai conscience. Mais il est hors de question que je « profite » plus que nécessaire de ma position d'européen privilégié. Qu'importe la vie de pacha que j'aurais pu m'offrir pendant les six mois que je comptais passer là-bas, je ne profiterais pas de la misère d'un peuple pour mon seul plaisir et l'enrichissement de quelques-uns. En clair, je préfère ne pas y aller plutôt que devoir m'y conduire comme un salaud à mes yeux. Oui je sais, c'est un peu abrupt comme sentence, et légèrement provocateur... Car tout ceux qui se rendent au Venezuela ne se posent tout simplement pas les mêmes question que moi. Mais c'est ce que je pense au plus profond de moi-même.

Quel sera le prochain ?
Donc, à cause de mon foutu sens moral, me revoilà dans l'incertitude. Que faire à partir du mois de juin ? La solution la plus simple serait « d'hiberner » à Grenade... Cela me permettrait, à la belle saison, de pouvoir revenir en terre française un peu plus facilement, et pouvoir me remettre à « chercher » une solution à mon avenir. Mais franchement cette perspective m'enchante guère. J'en ai soupé des îles anglaises, et de ces habitants si peu souriants.

Cartagena la belle
La seconde solution, plus aventureuse, serait de poursuivre vers l'ouest vers une destination qui me tente sacrément depuis un bout de temps : La Colombie. J'avais laissé tombé cette destination, tellement j'étais préoccupé par mon avenir à long terme... En fait, je pensais sérieusement que ma route allait s'arrêter ici pour tout vous dire. Du moins pour un temps. Et que je la reprendrais une fois ma sécurité financière assurée pour au moins deux ou trois ans. Je ressentais une certaine lassitude aussi... En même temps qu'un léger désespoir. Bref, j'avais exclu la Colombie de mes projets, pensant qu'une fois là-bas il me serait impossible de revenir si jamais je devais manquer d'argent. Et puis le hasard a, comme souvent, bien fait les choses. J'ai reçu un message Facebook d'une relation qui me rappelait combien la vie pouvait être sympa en Colombie, et puis que finalement revenir était difficile certes, mais pas impossible (merci Geneviève !). Et puis tout compte fait, j'ai encore les moyens de le faire... alors pourquoi pas ? Ce sera toujours mieux que de marner ici de toute façon.

Paulina Vega, Miss Univers 2014
Donc voilà. Ma décision n'est pas encore définitive, mais elle en prend sérieusement le chemin. Je me prends à rêver de nouveau. Je fais des listes. Je me projette. Du coup l'endorphine recommence à couler dans mes veines, et c'est tant mieux. Et puis, si jamais je devais renoncer définitivement à voyager, six mois en Colombie ce ne serait pas si mal comme baroud d'honneur, non ?

Pour finir, je me dis que ce n'est finalement pas si mal de zapper le Venezuela et de filer directement en Colombie. Car comme je l'ai dit plus haut ce pays m'attire comme un aimant depuis des années maintenant. Vous le savez, je me méfie des impressions, du feeling comme on dit, car elles comportent une part d’irrationnel. Mais en ce qui concerne la Colombie, je ne saurais dire pourquoi, mais quelque part je « sais » que c'est là-bas que ma vie pourra sans doute trouver un sens... Bon, en même temps je me dis aussi que je suis en train de mettre une putain de pression sur les épaules, je ne vous raconte pas !